Les propositions sur la fin de vie remises vendredi 12 décembre 2014 à François Hollande par les députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) ont suscité des réactions très contrastées entre partisans et adversaires de l'euthanasie.

« Euthanasie masquée »

Parmi les associations anti-euthanasie, le mouvement « Soulager mais pas tuer » critique le recours à une « sédation terminale jusqu’à la mort » qui « s’apparente à une euthanasie masquée ». La proposition des deux députés prévoit d’instaurer une « sédation profonde et continue » pour des malades en phase terminale. Cette utilisation continue de sédatif contre la douleur s’apparente pour un malade proche de la mort à un droit à être endormi sans être réveillé.

Pour le porte-parole de Soulager mais pas tuer, Tugdual Derville, également porte-parole de La Manif pour tous, « l’interdit de tuer est fondateur de la confiance entre soignants et soignés » et la proposition des deux députés, même si elle ne parle pas d’euthanasie introduit un « risque de tour de passe-passe » entre soulagement profond et mort.

« Rustines »

La principale association pro-euthanasie française, ADMD (Association pour le droit à mourir dans la dignité), qui revendique 58.000 adhérents critique également la proposition mais parce qu’elle ne va pas suffisamment loin vers l’euthanasie et ne fait que « mettre des rustines » à la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie « qui ne marche pas ».

« C’est encore une loi faite par les médecins pour les médecins », a critiqué le président de l’ADMD, l’élu apparenté socialiste Jean-Luc Romero. « On veut une loi qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté comme au Pays-Bas et en Belgique », a-t-il rappelé à l’AFP, se déclarant « plus que déçu, en colère ».

Des militants de cette association se sont rassemblés vendredi après-midi près de l’Assemblée nationale pour protester contre cette «loi Leonetti de gauche » qui fera « mourir de faim et de soif les patients arrivés en fin de vie ». Dans la proposition des deux députés, l’administration d’une sédation profonde terminale serait en effet toujours accompagnée de l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation pour ces malades en phase terminale.

« Réponse aux inquiétudes »

Le monde des soins palliatifs est en revanche satisfait des propositions. La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) « se félicite des propositions » qui « répondent directement aux inquiétudes en sécurisant et améliorant concrètement la prise en charge des personnes en fin de vie ».

En particulier, la SFAP apprécie le « renforcement » des directives anticipées dans lesquelles chacun peut stipuler son refus de l’acharnement thérapeutique pour la fin de sa vie. D’après les propositions des députés, les directives deviendraient obligatoires.

« Conclusions timorées »

Le Parti radical de gauche a déploré vendredi les conclusions « timorées » des députés Jean Leonetti et Alain Claeys sur la fin de vie, réclamant que le gouvernement « légalise clairement l’aide médicale à mourir, sous conditions strictes ».

Dans un communiqué, Guillaume Lacroix, secrétaire général du Parti radical de gauche, espère que « le Premier ministre, comme il s’y était engagé, en octobre, dans sa lettre de réponse à notre proposition de contrat de majorité, dépasse les propositions émises dans ce rapport et légalise clairement l’aide médicale à mourir, sous conditions strictes, dans notre pays ».

« Bien que nous puissions concevoir la nécessité de trouver une position consensuelle sur ce sujet qui doit dépasser les clivages politiques traditionnels, nous tenons à réaffirmer notre volonté que soit reconnu le droit de choisir, en cas de souffrances insupportables et si il n’existe aucune possibilité de guérison, sur demande claire et répétée du malade et avec l’aval du corps médical, de mourir dans la dignité », explique le parti.

« Nous espérons fortement que le parcours législatif permettra de parvenir à une loi plus ambitieuse que les conclusions présentées aujourd’hui dans le rapport Claeys-Leonetti », ajoute-t-il.

« Avancées limitées »

Dans un communiqué distinct, le chef de file des députés radicaux de gauche, Roger-Gérard Schwartzenberg, qui considère aussi que les propositions remises vendredi ne comportent que « quelques avancées limitées par rapport à la loi de 2005″, demande un vote dès janvier sur la déclaration du gouvernement annoncée, afin de « pouvoir connaître, dès cette première phase, la position de l’Assemblée nationale ».

Selon M. Schwartzenberg, « il serait très utile qu’ensuite la proposition de loi issue des travaux de la mission Claeys-Leonetti fasse l’objet d’une discussion commune » avec une proposition de loi des radicaux de gauche sur « l’assistance médicalisée pour une fin de vie dans la dignité » remontant à septembre 2012 « qui, elle, est strictement conforme au 21e des 60 engagements pour la France souscrits par François Hollande dans sa campagne présidentielle de 2012″.

Le sujet de la fin de vie est l’un des chevaux de bataille des radicaux de gauche. Le président du parti, Jean-Michel Baylet, en avait fait en octobre 2014 une des conditions au maintien des radicaux de gauche au gouvernement.

Peur d’une loi « édulcorée »

Les députés écologistes, tout en saluant des « avancées utiles » sur la fin de vie dans les propositions remises au Président, craignent que leur traduction dans la loi soit « édulcorée » et appellent à aller plus loin, notamment sur le « suicide assisté ».

Les écologistes veulent « garantir à ceux qui le demandent qu’on les aide à mourir et non qu’on les laisse mourir, notamment via le suicide assisté ». Les députés EELV défendront d’ailleurs leurs idées, figurant dans une proposition de loi de Véronique Massonneau qui sera examinée le 29 janvier dans une « niche » réservée à leur groupe.

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