L’ABCD, outil d’éducation de l’égalité hommes-femmes, emporté par les polémiques

Les ABCD de l'égalité, décriés par des mouvements d'extrême droite et les anti-mariage gay, étaient une expérimentation originale pour enseigner aux élèves l'égalité filles-garçons.

Le gouvernement a annoncé dimanche leur fin, tout en promettant un programme « très ambitieux » et généralisé pour les remplacer.

Ce dispositif élaboré par les ministères de l’Education nationale et des Droits des femmes, est expérimenté de la grande section de maternelle au CM2 depuis la Toussaint dans 600 classes de 275 écoles dans dix académies (Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Corse, Guadeloupe, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Rouen, Toulouse). Il s’agit de « faire prendre conscience aux enfants des limites qu’ils se fixent eux-mêmes, des phénomènes d’autocensure trop courants, leur donner confiance en eux, leur apprendre à grandir dans le respect des autres ». Ils étaient appelés à être généralisés à la rentrée 2014 après évaluation.

Influence sur la vie professionnelle - Des stéréotypes – comme une fille est forcément « coquette », « docile », « soigneuse » et un garçon « courageux », indépendant » ou « énergique » – pèsent sur leurs attentes, leurs ambitions, leur orientation professionnelle et leur place dans la société, selon un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale.

Les femmes sont ainsi moins représentées dans les métiers scientifiques, perçoivent un salaire moindre à diplôme égal et subissent davantage le temps partiel subi. Sans oublier la persistance de violences sexistes.

Ces préjugés peuvent conduire les filles au « complexe de Cendrillon: je fais des études mais j’attends le prince charmant », explique une des présentations du site www.cndp.fr/ABCD-de-l-égalité/accueil.html. Celui-ci propose aussi des ressources pédagogiques aux enseignants pour aborder en classe l’égalité garçons-filles, dans les cours d’arts plastiques, éducation physique sportive, histoire…

Un tableau d’Auguste Renoir, « Mme Charpentier et ses enfants », mettant en scène une femme et ses filles, permet ainsi de comparer les représentations des enfants aujourd’hui et il y a un siècle. Les écoliers peuvent dire ce qu’ils en pensent spontanément, parler des couleurs, des vêtements…

L’enseignant peut expliquer que la mère portait, suivant la mode de l’époque, un corset, vêtement qui entravait les mouvements et rendait la position assise inconfortable, c’est pourquoi elle est alanguie. Ou encore que jusqu’à six ans garçons et filles portaient des robes, puis les petits garçons s’habillaient en culottes courtes. Les élèves peuvent imaginer comment ces enfants s’habilleraient aujourd’hui.

Dès l’hiver, des mouvements d’extrême-droite, appelant à des journées de retrait de l’école pour boycotter les ABCD, ainsi que La Manif pour tous née pour s’opposer aux mariage homosexuel, ont pris pour cible cette expérimentation. Selon eux, il s’agissait d’une manière déguisée d’enseigner à l’école une prétendue théorie du genre censée nier la différence sexuelle. La polémique a donné lieu à toutes sortes de rumeurs, sur des garçons obligés de porter des robes ou des cours de masturbation en maternelle.

Les profs formés dès la rentrée

L’ensemble des enseignants seront formés à partir de la rentrée à transmettre les valeurs d’égalité entre filles et garçons, ont annoncé les ministres de l’Education et des Droits des femmes, en lançant un « plan d’action » pour remplacer le dispositif expérimental des ABCD de l’égalité. « Dès la rentrée (…), la formation initiale de tous les professeurs s’enrichira d’un module consacré à l’égalité » entre les sexes, a déclaré Benoît Hamon au Parisien de lundi, en estimant que cela concernerait 30.000 personnes. « Pour les enseignants déjà en exercice, nous l’intègrerons dans la formation continue », ce qui pourrait représenter « potentiellement 330.000 enseignants du premier degré », a-t-il ajouté dans un entretien croisé avec Najat Vallaud-Belkacem. Une « mallette pédagogique » sera également mise en ligne pour aider les enseignants sur « la base des modules des ABCD évalués par l’inspection générale comme étant les plus pertinents », selon le ministre de l’Education.

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